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Ptit texte sur l'écriture

Notsil (22 Juillet 2009, 18:11)
Je savais pas trop où le mettre alors je le case là ;)

Ramené dans les cartons depuis Toulouse, un texte qui doit être un poème vu la taille (depuis que j'ai appris que tous les poèmes n'étaient pas en vers de même longueur je suis perdue :P), de je ne sais pas trop qui (peut-être Alberto Caeiro vu qu'il semble se citer) et de je ne sais pas quel recueil (là par contre, sans titre, dur de retrouver...si vous connaissez...).

XLVI (juste le numéro du poème je suppose ^^)

D'une façon ou de l'autre,
selon que ça tombe bien ou mal,
ayant parfois le pouvoir de dire ce que je pense,
et d'autres fois le disant mal et d'impure façon,
j'écris mes vers involontairement,
comme si l'acte d'écrire n'était pas une chose faite de gestes,
comme si le fait d'écrire était une chose qui m'advînt
comme de prendre un bain de soleil.

Je cherche à dire ce que j'éprouve
sans penser à ce que j'éprouve.
Je cherche à appuyer les mots contre l'idée
et à n'avoir pas besoin du couloir
de la pensée pour conduire à la parole.

Je ne parviens pas toujours à éprouver ce que je sais que je dois éprouver.
Ce n'est que très lentement que ma pensée traverse le fleuve à la nage
parce que lui pèse le vêtement que les hommes lui ont imposé.

Je cherche à dépouiller ce que j'ai appris,
je cherche à oublier le mode de pensée qu'on m'inculqua,
à gratter l'encre avec laquelle on a barbouillé mes sens,
à décaisser mes émotions véritables,
à me dépaqueter et à être moi - non Alberto Caeiro,
mais un animal humain produit par la Nature.

Et aussi me voilà en train d'écrire, désireux de sentir la Nature, même pas comme un homme,
mais comme qui sent la Nature, sans plus.
Ainsi j'écris, tantôt bien et tantôt mal,
tantôt touchant sans coup férir ce que je veux exprimer et tantôt me blousant,
ici tombant , et là me relevant,
mais poursuivant toujours mon chemin comme un aveugle obstiné.

N'importe...Et malgré tout je suis quelqu'un.
Je suis le Découvreur de la Nature.
Je suis l'Argonaute des sensations vraies.
A l'Univers j'apporte un nouvel Univers
parce que j'apporte à l'Univers l'Univers lui-même.

Cela je le sens et je l'écris,
sachant parfaitement et sans même y voir,
qu'il est cinq heures du matin
et que le soleil, qui n'a pas encore montré la tête
par-dessus le mur de l'horizon,
même ainsi on distingue le bout de ses doigts
agrippant le haut du mur
de l'horizon plein de montagnes basses.



Valà c'est fini, pour ma part j'ai trouvé très sympa, un brin philosophique. Et vous ? :P
Den (23 Juillet 2009, 11:09)
Ouais, en effet, c'est très sympathique!
C'est également gentil de ta part de nous en faire profiter ;)
Un brin philosophique, comme tu l'as dit, et vraiment plaisant!
J'aime bien^^
Minos (23 Juillet 2009, 14:31)
Bien sûr que je connais, c'est du Fernando Pessoa, publié sous le pseudonyme d'Alberto Caiero. ça s'appelle "De cette façon ou d'une autre...", n° XLVI dans Le gardeur du troupeau du 10 mai 1914. Quand tu sais pas, tu me demandes.
Hum... décidément, Google est et sera à jamais mon ami.

Ceci dit, mon avis : la poésie me parle rarement, donc je trouve ça charmant, tout au plus.
A.J. Crime (25 Juillet 2009, 11:53)
J'ai mis le texte dans les coups de coeur artistique musique et chansons, je devrais même rajouter poésie entre les deux, ça serait mieux... Je crois mais bon ! les chansons ne sont elles pas des poésies après tout ?


A part cela j'ai bien aimé, même si cela me semble un texte écrit dans la précipitation de l'émotion au petit matin, d'une nuit bien occupée.